dimanche 25 septembre 2011

Larmichette sur un Texte Tout Pourri [Journal #38]

Guitar Tear Drop On dit souvent du mal des artistes de variété/chanson française.  Par exemple : Lara Fabian, Christophe Maé, Sardou, Johnny, Bénabar, Yodelice.  Certains appliquent toujours la même recette pour réussir à vendre des millions de disques, au mépris du travail artistique.

N’empêche, même si on leur donne un texte tout pourri sur le destin d’une machine à laver usagée ou sur le programme du parti socialiste, ils arrivent à l’interpréter sur un ton mélancolique, comique, déchirant, révolté ou résigné.  Et ça fait une chanson qui fonctionne, qui trouve son public et qui touche les gens.  L’idéal c’est d’avoir du talent, mais je suppose que ça se travaille.

Travailler la voix et bosser la guitare, ça ne suffit pas.  Et pour peaufiner l’interprétation quand je prépare une reprise, j’utilise une astuce pour trouver de l’émotion, je me base sur une Histoire Parallèle.  Non, je ne parle pas de l’émission historique d’Arte.

Difficile de transmettre quelque chose en chantant un morceau dont le texte ne me concerne pas personnellement.  Pour arranger ça j’imagine donc une histoire parallèle qui me touche, et qui est à peu près cohérente avec le texte. 

Cette histoire, je ne l’exprime pas verbalement en jouant la chanson mais j’essaie de la transmettre juste par l’attitude, le ton, le volume ou le “lyrisme” de la voix.  Un regard embué est le bienvenu, voire une petite larmichette si c’est possible, tant que ça reste juste au niveau vocal.  Eh oui, c’est comme faire l’acteur : pas étonnant que les chanteurs se débrouillent bien au cinéma (cf. Justin Timberlake ou David Bowie).

D’ailleurs c’est un bon moyen de faire une reprise créative si on arrive à trouver une histoire parallèle qui colle au texte, mais dans un esprit différent de la version originale.  On pourrait par exemple imaginer une interprétation de Y'a d’la Joie de Trenet sur un ton ironique ou désespéré.

En ce moment je prépare une reprise de Lonely Day de System of a Down, c’est donc ce que je vais prendre comme illustration.  L’histoire parallèle que j’ai concoctée respecte la structure en couplets et refrains de la chanson.  Le morceau se prête bien au travail de l’interprétation : un texte calibré pour l’adolescent torturé, habillé en Gothique dès le matin devant son bol de Nesquik.

  • Couplet 1 : Un type rentre du boulot sous la pluie après une journée foirée.  Son boss l’a traité comme de la merde, il est complètement déprimé, et sur le chemin du retour il est tombé dans le caniveau en trébuchant sur une peau de banane.  Il n’a pas d’amis et rentre chez lui tout seul dans le froid (“Such a lonely day…”)  Il est triste, crevé, résigné, il a envie de se plaindre et de se planquer sous la couette pendant toute sa vie.
  • Refrain 1 : Arrivé chez lui, il s’assoit par terre comme un vieux sac de patates pour se lamenter faiblement (“The most loneliest day of my life…”)
  • Couplet 2 : Après s’être comporté comme une lavette pendant un moment, il commence à réagir petit à petit et ce sentiment de déprime se transforme en grosse colère.  Attention, il va péter les plombs.
  • Pont : Ca devient rocambolesque.  Il prépare un plan de malade, genre attentat, prise d’otage ou hold-up (“And if you die…”)  Il met son plan à exécution sur “Take your hand and walk away…” et ça tourne mal (on visualise une grande explosion).
  • Couplet 3 : Tout est fini, le type se balade sur un champ de ruines, de désolation.  Il est hagard, se rend compte de ce qu’il a fait mais il est content de s’en être tiré (“It’s a day that I’m glad I survived…”)  Un peu comme un guerrier victorieux sur le champ de bataille qui aurait l’épée, les mains et la conscience encroûtées du sang de ses ennemis.

Bon OK, ça va un peu loin.  Mais pour mettre de l’émotion dans une reprise, il ne faut pas hésiter à forcer le trait !

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