mardi 19 juillet 2011

La Discipline Guitaristique et le Noyau Linux (Journal 28)

penguitarEntre 1998 et 2005, j’étais un cinglé de Linux.  J’y passais entre une et… dix heures par jour.  J’écrivais des scripts Perl, j’installais une distrib expérimentale sur le Mac 68k de mes parents, je testais les derniers noyaux.  Parfois, j’oubliais de manger.

Obsédé, prosélyte, depuis ma TuxCave j’ourdissais des plans pour assurer l’hégémonie du Pingouin sur le monde des systèmes d’exploitation.  La suite m’a donné raison, mais ce n’est pas le sujet.

Car en 2005, je me suis mis à la guitare.

Mon prof de gratte me disait de bosser quotidiennement, au moins quinze minutes.  Je marmonnais oui-oui dans ma barbe métaphorique, mais dans ma tête je me demandais où j’allais trouver le temps.

Parce qu’à cette époque, en plus de la guitare je découvrais simultanément le monde du travail, le p2p, les séries télé modernes (Prison Break, Lost, House), la vie parisienne et la carte UGC Illimité.  J’étais surmené !

Depuis un bout de temps déjà, j’avais perdu le goût des geekeries alternatives : compiler le dernier noyau 2.4.21-ac, installer la dernière distrib Mandrake et le non-émulateur Wine pour faire tourner Quake 2 et Civilization 3 sous Linux, ou passer la soirée à installer mon imprimante USB.  J’en avais plein le dos.  Mon disque dur a lâché, j’ai acheté un ordi portable avec Windows XP pré-installé, et c’était réglé.

Ciao Linux, une heure par jour de gagnée !  Pendant ce temps, je jouais de la guitare.

Avant ça, je jouais les quinze minutes par jour réglementaires, et je faisais quelques progrès.  En une heure je progressais quatre fois plus vite, et c’est comme ça que j’ai surmonté les difficultés qui me semblaient insurmontables à l’époque :

  1. Enchaîner mes premiers accords,
  2. Transformer les ampoules sanglantes au bout des doigts en corne indestructible,
  3. Apprendre les accords barrés,
  4. Chanter et jouer en même temps,
  5. Chanter (à peu près) juste.

Pas compliqué !  Il suffisait d’aménager mon emploi du temps et de ré-investir astucieusement mon énergie : lâcher une sale habitude pour se lancer dans une nouvelle activité. 

Cette approche n’est pas nouvelle : il y a des années, un journaliste barbu arrêtait de fumer pour se payer des cours de piano.  D’autres ont préféré arrêter WoW pour trouver une copine, ou bazarder un vieux meuble moche pour s’installer un banc de muscu.  Autre exemple : un geek lassé des écrans bleus Microsoft et avide de liberté, qui est passé à Linux.  Ca arrive aussi :-)